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Le grand Livre
173 pages • Dernière publication le 13/06/2019

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HISTORIQUE & ARCHIVES / Histoire de la mise en scène / Page 32 • Publiée le 31/01/2018

Antoine, précurseur de la mise en scène moderne

André Antoine

André Antoine (1858-1943) est « conventionnellement » considéré comme le « premier » metteur en scène du théâtre français.

En réalité, c’est bien plus complexe que cela, car la mise en scène existait bien avant lui. Dans « L’impromptu de Versailles », Molière donne une extraordinaire leçon de mise en scène, tout comme Shakespeare avec les conseils aux comédiens par « Hamlet ». Rappelons aussi qu’il y avait des metteurs en scène professionnels chez les anciens Grecs qui réglaient déjà les mouvements du chœur.

Toutefois, Antoine a réussi à imposer en France un nouveau style, le naturalisme, et porter une nouvelle vision sur l’art dramatique.

Il serait dommage d’enfermer le théâtre de la fin du XIXe siècle dans ce cliché qui veut que bien souvent la mise en scène fût l’œuvre du régisseur ou de la vedette… Mais il est vrai qu’en cette fin de siècle, le théâtre, surtout le théâtre « bourgeois » est sclérosé. La censure y est pour beaucoup, et les œuvres jouées sont souvent assez fades. Les directeurs des grandes salles pensent avant tout à la recette. Les décors sont en carton-pâte et sur scène les comédiens déclament…

Ce théâtre dit « bourgeois » ne prend pas en compte les changements qui s’opèrent autour de lui, comme l’arrivée du naturalisme en littérature (Zola), l’impressionnisme en peinture (Monet) et le symbolisme en poésie (Paul Fort).

En créant le Théâtre-libre en 1887, Antoine, véritable émule des théories de Zola sur la mise en scène, va défendre le théâtre naturaliste. L’idée est de reproduire fidèlement et exactement sur la scène un milieu social précis et inciter l’acteur à jouer le plus naturellement possible dans ce milieu reconstitué. Tout doit être vrai… On a, du coup, retenu comme référence la présence de véritables morceaux de viandes sur la scène pour la pièce « Les bouchers » (1888).

Antoine, en référence à Molière (« Jouer comme l’on parle »), veut pour ses acteurs un jeu qui s’éloigne des conventions dramatiques de l’époque et qui aille vers le naturel et le réalisme.

Dans ses « causeries sur la mise en scène », Antoine fait une distinction entre ce qu’il nomme la partie « matérielle » (technique, décors) et celle qu’il nomme « immatérielle » (l’interprétation, le mouvement, le dialogue).

Il valorise le corps du comédien.

« Le mouvement est le moyen d’expression le plus intense de l’acteur […] toute sa personne physique fait partie du personnage qu’il représente et […] à certains moments l’action ses mains, son dos, ses pieds peuvent être plus éloquents qu’une tirade » (Causeries sur la mise en scène, 1903).

Toujours dans ses « Causeries », Antoine définit la mise en scène comme étant : « l’art de dresser sur les planches l’action et les personnages imaginés par l’auteur dramatique. »

On peut dire, car tout cela était nouveau qu’Antoine a popularisé l’image du metteur en scène, homme-orchestre unifiant les différents signes de la représentation.

Mais, à la même époque, d’autres en France participent à cette volonté de réformer l’art théâtral comme Aurélien Lugné-Poe, proche des symbolistes, prône un « Théâtre d’art ».

Il faut également citer Adolphe Appia (pour qui le théâtre est un art total), Edward Gordon Craig (pour qui le théâtre est un art autonome qui dans le futur pourra se passer d’auteur), Firmin Gémier (qui fait le lien entre Antoine et le Cartel).

Il faut aussi tenir compte de ce qui se passe en Allemagne, avec Richard Wagner (qui 1876 fut le premier à plonger la salle dans le noir pendant la représentation et à proposer d’unir tous les arts de la scène), Georg Fuchs, Max Reinhardt et en Russie avec Constantin Stanislavski, Wladimir Dantchenko, Vsevolod Meyerhold.

On peut considérer que le renouveau de la mise en scène initié par Antoine va se poursuivre ensuite avec Jacques Copeau et le Cartel (Charles Dullin, Louis Jouvet, Gaston Baty, Georges Pitoëff), dans un courant modernisateur, mais anti-naturaliste.

Marie-Céline Nivière

Sources : « Histoire du théâtre dessinée », André Degaine (Edition Nizet).
« Qu’est-ce que le théâtre ? », Christian Biet, Christophe Triau (Edition Folio Essais, 2006)
« Dictionnaire encyclopédique du Théâtre », dirigé par Michel Corvin, article « Antoine » signé J-P. Sarrazac. (Edition Bordas, 1991).
« La querelle sur les origines de la mise en scène et les enjeux mémoriels autour de la figure d’André Antoine », d’Alice Folco, (Revue d’Histoire du Théâtre numérique, Société d’Histoire du Théâtre, 2013



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