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Cyril Le Grix - premier vice-président

Le théâtre est-il encore nécessaire ?

En l’espace de quelques semaines, la pandémie que nous traversons a modifié notre rapport à la culture démontrant, si cela était encore nécessaire, à quel point elle est un bien essentiel permettant à l’être humain de transcender son quotidien. Pour preuve, les nombreux contenus culturels mis gracieusement à la disposition du milliard d’êtres humains confinés et connectés que nous sommes devenus.  De nombreuses structures et institutions (théâtres, opéras, musées mais aussi producteurs et diffuseurs) ont pu, grâce à la technologie, s’infiltrer jusqu’au cœur de nos foyers, nous faisant franchir à la vitesse de la lumière le troisième stade de l’évolution culturelle moderne : après « la culture pour tous » puis « la culture avec tous », c’est au tour de « la culture chez tous ».

Cependant rarement le mot culture n’aura été autant absent de la sphère politique. Pire, malgré la mise à disposition auprès d’un large public d’une quantité phénoménale d’œuvres en tout genre dont tout le monde se félicite, ceux qui nous gouvernent n’ont pas pris la mesure des difficultés que traversent les créateurs de ces œuvres. Car faut-il encore le rappeler, derrière ces œuvres, il y a des auteurs, des artistes et des techniciens qui, dans la lumière et surtout dans l’ombre, tissent patiemment l’étoffe de nos rêves. Ainsi la fin du confinement se profile mais la culture et plus particulièrement le spectacle vivant semblent plus que jamais les grands absents des plans de sauvegarde et de relance décrétés par le gouvernement. La fermeture des théâtres sine die est une source d’angoisse sans précédent. Quand et dans quelles conditions pourrons-nous recommencer à travailler ? À quelles règles de distanciation sociale serons-nous soumis dans les salles mais aussi sur scène ? La gestion de cette situation sanitaire s’avère d’emblée extrêmement compliquée à mettre en place pour nos métiers. D’autre part, les mesures de soutien annoncées par le ministère de la Culture sont à ce jour très largement insuffisantes ou manquent de clarté et de cohérence. La durée de l’indemnisation des intermittents limitée à la période de confinement est un non-sens pour un artiste ou un technicien privé de son outil de travail. Et les conditions d’accès aux fonds d’aide d’urgence mis en place par différents organismes comme les sociétés d’auteurs ou Audiens restent très restrictives. En toute logique, beaucoup de professionnels s'inquiètent davantage des effets des restrictions que des conséquences de la propagation du virus.

D’autre part, l’autre grande absente de cette crise c’est l’Europe. Alors même que dans l’approche européenne la culture ne doit pas être définie comme une vulgaire marchandise et qu’elle doit faire l’objet de mesures de protection, d’aides et de subventions pour ne pas perdre son âme, peu de voix se sont élevées pour interroger Bruxelles sur les possibilités d’un fond d’urgence dédié à la culture qui pourrait, en respectant les spécificités nationales, venir en aide aux artistes. La vidéoconférence des ministres de la Culture européens du 8 avril, qui avait pour but de débattre des « conséquences de la pandémie sur le secteur culturel et des mesures possibles pour atténuer les effets négatif » ne semble pas avoir été très féconde : la montagne n’a pas même accouché à ce jour d’une souris.

Un autre point mérite toute notre attention. Même si nous réussissions à trouver toutes les réponses financières pour subvenir aux conséquences de cette crise sanitaire, tout sera-t-il pour autant comme avant pour le spectacle vivant ? Les dangers de la révolution numérique qui frappent de plein fouet le cinéma et la musique depuis un certain nombre d’années n’avaient pas jusqu’à présent bouleversé les arts de la scène. Pour les arts vivants et plus particulièrement le théâtre, s’agit-il d’un nouveau paramètre à prendre en compte ? Les offres de spectacles sur grand écran qui fleurissaient ces derniers temps étaient-elles les prémices d’une évolution que nous n’avions pas prévue, mesurée ou anticipée mais que la crise du Covid-19 mettrait finalement en lumière ? Le théâtre tel que nous le connaissions et pratiquions est-il encore nécessaire ? Cette prédominance du tout connecté confirme-t-elle la victoire éclatante du tout numérique (télétravail, télécommerce, télémédecine et maintenant téléculture) et par conséquent l’obsolescence programmée de nos métiers ? Ou le spectacle en tant que réalité vivante sortira-t-il renforcé par cette épreuve ?

Dans cet ouvrage au titre volontairement provocateur - Le théâtre est-il nécessaire ? - Denis Guénoun posait ce constat radical : ce qui fait théâtre, c’est le rassemblement d’êtres humains devant d’autres venus pour les observer jouer. C’est le processus de rencontre lui-même entre l’artiste et le spectateur qui est fondamental. Cette expérience de la matière charnelle que le public vient chercher au théâtre, c’est elle qui lui permet de trouver la consolation par le rire ou les larmes. Plus que jamais cette crise nous fait prendre conscience que le public est notre boussole, notre raison d’être et qu’il fait la grandeur de notre art. Plus que jamais nous ressentons à quel point cet « autre » nous est nécessaire pour exister. C’est aussi la raison pour laquelle cette période d’isolement forcé, ce retrait involontaire du monde, nous rend si malheureux.

Enfin, nous sortirons renforcés de cette crise si nous et les organisations syndicales et professionnelles qui nous représentent, réussissons, dans un dépassement salvateur, à parler d’une même voix pour rappeler qu’en matière de culture, il ne s’agit que de volonté et de courage politique. Et si, malgré l’adversité, nous ne renonçons pas à ce en quoi nous croyons : que notre secteur n’est pas une variable d’ajustement, que notre survie n’est pas négociable et que l’art est l’une des conditions essentielles de notre humanité.

Cyril le Grix, 3 mai 2020

Le théâtre est-il encore nécessaire ?

En l’espace de quelques semaines, la pandémie que nous traversons a modifié notre rapport à la culture démontrant, si cela était encore nécessaire, à quel point elle est un bien essentiel permettant à l’être humain de transcender son quotidien. Pour preuve, les nombreux contenus culturels mis gracieusement à la disposition du milliard d’êtres humains confinés et connectés que nous sommes devenus.  De nombreuses structures et institutions (théâtres, opéras, musées mais aussi producteurs et diffuseurs) ont pu, grâce à la technologie, s’infiltrer jusqu’au cœur de nos foyers, nous faisant franchir à la vitesse de la lumière le troisième stade de l’évolution culturelle moderne : après « la culture pour tous » puis « la culture avec tous », c’est au tour de « la culture chez tous ».

Cependant rarement le mot culture n’aura été autant absent de la sphère politique. Pire, malgré la mise à disposition auprès d’un large public d’une quantité phénoménale d’œuvres en tout genre dont tout le monde se félicite, ceux qui nous gouvernent n’ont pas pris la mesure des difficultés que traversent les créateurs de ces œuvres. Car faut-il encore le rappeler, derrière ces œuvres, il y a des auteurs, des artistes et des techniciens qui, dans la lumière et surtout dans l’ombre, tissent patiemment l’étoffe de nos rêves. Ainsi la fin du confinement se profile mais la culture et plus particulièrement le spectacle vivant semblent plus que jamais les grands absents des plans de sauvegarde et de relance décrétés par le gouvernement. La fermeture des théâtres sine die est une source d’angoisse sans précédent. Quand et dans quelles conditions pourrons-nous recommencer à travailler ? À quelles règles de distanciation sociale serons-nous soumis dans les salles mais aussi sur scène ? La gestion de cette situation sanitaire s’avère d’emblée extrêmement compliquée à mettre en place pour nos métiers. D’autre part, les mesures de soutien annoncées par le ministère de la Culture sont à ce jour très largement insuffisantes ou manquent de clarté et de cohérence. La durée de l’indemnisation des intermittents limitée à la période de confinement est un non-sens pour un artiste ou un technicien privé de son outil de travail. Et les conditions d’accès aux fonds d’aide d’urgence mis en place par différents organismes comme les sociétés d’auteurs ou Audiens restent très restrictives. En toute logique, beaucoup de professionnels s'inquiètent davantage des effets des restrictions que des conséquences de la propagation du virus.

D’autre part, l’autre grande absente de cette crise c’est l’Europe. Alors même que dans l’approche européenne la culture ne doit pas être définie comme une vulgaire marchandise et qu’elle doit faire l’objet de mesures de protection, d’aides et de subventions pour ne pas perdre son âme, peu de voix se sont élevées pour interroger Bruxelles sur les possibilités d’un fond d’urgence dédié à la culture qui pourrait, en respectant les spécificités nationales, venir en aide aux artistes. La vidéoconférence des ministres de la Culture européens du 8 avril, qui avait pour but de débattre des « conséquences de la pandémie sur le secteur culturel et des mesures possibles pour atténuer les effets négatif » ne semble pas avoir été très féconde : la montagne n’a pas même accouché à ce jour d’une souris.

Un autre point mérite toute notre attention. Même si nous réussissions à trouver toutes les réponses financières pour subvenir aux conséquences de cette crise sanitaire, tout sera-t-il pour autant comme avant pour le spectacle vivant ? Les dangers de la révolution numérique qui frappent de plein fouet le cinéma et la musique depuis un certain nombre d’années n’avaient pas jusqu’à présent bouleversé les arts de la scène. Pour les arts vivants et plus particulièrement le théâtre, s’agit-il d’un nouveau paramètre à prendre en compte ? Les offres de spectacles sur grand écran qui fleurissaient ces derniers temps étaient-elles les prémices d’une évolution que nous n’avions pas prévue, mesurée ou anticipée mais que la crise du Covid-19 mettrait finalement en lumière ? Le théâtre tel que nous le connaissions et pratiquions est-il encore nécessaire ? Cette prédominance du tout connecté confirme-t-elle la victoire éclatante du tout numérique (télétravail, télécommerce, télémédecine et maintenant téléculture) et par conséquent l’obsolescence programmée de nos métiers ? Ou le spectacle en tant que réalité vivante sortira-t-il renforcé par cette épreuve ?

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